Fumée, la salvia agit en moins d'une minute, culmine vers la deuxième minute et s'efface en général en un quart d'heure à vingt minutes. Mâchée et gardée en bouche, elle met dix à quinze minutes à se faire sentir, reste moins intense et dure jusqu'à une heure. Ce sont les durées données par Drogues Info Service ; les études de laboratoire et les enquêtes auprès d'usagers donnent les mêmes ordres de grandeur.
La chronologie selon le mode de prise
| Moment | Fumée ou vaporisée | Mâchée en chique |
|---|---|---|
| Début | moins d'une minute | 10 à 15 minutes |
| Pic | vers 2 minutes, environ 5 minutes d'effets intenses | plus étalé, moins marqué |
| Fin des effets principaux | 15 à 20 minutes | jusqu'à 1 heure |
| Après | retour graduel à la réalité | retour graduel |
En laboratoire, l'équipe de Johns Hopkins a mesuré un pic à deux minutes et une disparition rapide ensuite (MacLean et al., 2013). Dans une enquête auprès de 500 usagers, les effets principaux de la salvia fumée duraient en moyenne 14 minutes, avec de grands écarts : de 30 secondes à deux heures (Baggott et al., 2010). Les 32 usagers interrogés à Barcelone décrivaient des effets apparus en moins d'une minute et terminés en quinze minutes ou moins (González et al., 2006).
Quinze minutes paraissent courtes. Vécues de l'intérieur, elles ne le sont pas toujours : beaucoup de récits parlent d'un temps qui s'étire ou disparaît.
Ce que les usagers décrivent
Drogues Info Service décrit une montée par étapes, dont toutes ne sont pas atteintes à chaque fois :
- un état de détente ;
- des perceptions modifiées : couleurs, textures, sons ;
- de légères visions, géométriques ou stroboscopiques ;
- des hallucinations, comme l'impression de flotter ou de voyager ailleurs ;
- une perte de contact avec la réalité : repères d'espace et de temps, sentiment d'identité, impression de se fondre dans ce qui entoure ;
- à forte dose, une amnésie : la personne ne se souvient plus de ce qu'elle a vécu.
Les études ajoutent des thèmes qui reviennent souvent. Les participants d'une étude de Johns Hopkins de 2011 parlaient d'une pression sur le corps, d'une orientation dans l'espace bouleversée, de souvenirs d'enfance, d'images proches du dessin animé et de la présence d'« entités » (Johnson et al., 2011). À Barcelone, les usagers insistaient sur une déréalisation intense : la réalité extérieure et le sentiment de soi sont fortement modifiés, au point de ne plus pouvoir interagir avec la pièce (González et al., 2006). Des rires incontrôlés sont aussi souvent cités.
Drogues Info Service le dit clairement : la salvia n'est pas une drogue de fête. On ne la prend pas pour sortir ou danser, et les usagers la décrivent comme une expérience tournée vers l'intérieur.
Les effets sur le corps
Les effets physiques recensés par Drogues Info Service sont une mauvaise coordination des mouvements, une désorientation, des maux de tête, des vertiges, une perte de la parole et des troubles du sommeil. En laboratoire, la salvinorine A inhalée a fait monter la pression artérielle systolique (Maqueda et al., 2016), alors que l'étude de Johns Hopkins de 2011, à doses plus faibles, n'avait pas relevé de hausse nette du pouls ni de la tension. L'évaluation de l'institut néerlandais RIVM cite des hallucinations, de l'agitation, de la confusion, une accélération du rythme cardiaque et de la tension, et des épisodes psychotiques, parfois dès la quantité conseillée sur l'emballage.
Le risque le plus concret reste la chute. Pendant le pic, la personne ne contrôle plus ses gestes et ne sait plus toujours où elle se trouve. Drogues Info Service cite le risque d'évanouissement et de blessure.
Après les effets
Le retour à la réalité se fait progressivement, en quelques minutes après une prise fumée. À forte dose, le souvenir de l'expérience peut être incomplet. Dans l'étude de 2013, aucun effet indésirable persistant n'a été relevé un mois plus tard chez les huit participants. Dans l'enquête de 2010, 4,4 % des usagers disaient avoir déjà ressenti des effets négatifs qui avaient duré au moins 24 heures, le plus souvent de l'anxiété.
Les centres antipoison français ont analysé 19 cas signalés entre 2002 et 2010. Les hallucinations mal vécues et l'angoisse dominaient, et tous les patients allaient mieux en quelques heures. Chez trois d'entre eux, des crises d'angoisse, des vertiges ou des troubles de l'attention ont persisté deux à cinq jours (CCTV, 2010).
Drogues Info Service ne connaît pas de dépendance à la salvia. La salvia n'est pas détectée par les tests de dépistage courants, ce qui ne change rien à l'interdiction de conduire après en avoir pris.
Pourquoi l'intensité est difficile à prévoir
La même personne peut vivre deux expériences très différentes avec le même produit. Plusieurs raisons se cumulent : la teneur de l'extrait, la part de salvinorine A réellement absorbée selon la façon de fumer, la chaleur de la flamme, l'état du moment et le lieu. Drogues Info Service conseille de reporter la prise quand on est fatigué, stressé ou inquiet.
Pour un premier essai pendant un séjour aux Pays-Bas, les feuilles en chique ou un extrait peu concentré laissent plus de marge. Le choix entre les produits est détaillé sur la page feuilles et extraits ; la préparation de la pièce et le rôle de la personne sobre sur la page accompagnateur. Un récit composé montre à quoi ressemblent ces quinze minutes vues de l'intérieur et de l'extérieur.


