Sauge divinatoire Tirer une carte

Carte I sur VII 4 min de lecture

Salvia divinorum, la sauge des Mazatèques

D'où vient la sauge divinatoire, à quoi ressemble la plante, pourquoi les Mazatèques l'appellent ska pastora et pourquoi elle ne fait presque jamais de graines.

Mis à jour le 10 octobre 2026

Salvia divinorum est une sauge de la famille des Lamiacées, la même que la menthe et le thym, connue à l'état sauvage dans un seul massif du Mexique : la Sierra Mazateca, dans l'État d'Oaxaca. Les botanistes Carl Epling et Carlos Játiva l'ont décrite en 1962. Les Mazatèques, qui l'utilisaient bien avant, l'appellent ska María Pastora, la feuille de Marie la Bergère, souvent abrégé en ska pastora.

En français, on parle de sauge divinatoire ou de sauge des devins : divinorum signifie « des devins » en latin. Drogues Info Service recense aussi « menthe magique », « herbe de la bergère » et, au Mexique, hojas de la pastora. La sauge de cuisine (Salvia officinalis) est une autre espèce : elle ne contient pas de salvinorine A et n'a aucun effet hallucinogène, rappelle le RIVM, l'institut néerlandais de santé publique.

À quoi ressemble la plante

C'est une plante vivace qui dépasse facilement un mètre, avec des tiges creuses de section carrée, typiques des Lamiacées, et de grandes feuilles vert vif, ovales et dentées. La description botanique de référence, publiée par Aimée Reisfield en 1993, précise la couleur des fleurs : une corolle blanche dans un calice violet. Epling les avait d'abord décrites, à tort, comme bleues.

La floraison est rare et irrégulière, entre octobre et juin.

Une plante qui ne se ressème presque pas

Dans la Sierra Mazateca, la sauge pousse en petites colonies à l'ombre, au bord des ruisseaux et dans les ravins humides. Ces colonies sont des clones : les tiges se couchent, prennent racine et forment de nouveaux pieds. Reisfield n'a trouvé aucune trace d'une graine mûre récoltée sur une plante mexicaine. En serre, elle a pollinisé 190 fleurs à la main avec le pollen d'autres pieds. Chaque fleur pouvait donner quatre graines, soit 760 au total : 24 seulement sont arrivées à maturité, environ 3 %.

Cette reproduction presque uniquement végétative a longtemps fait penser à un hybride créé par l'homme. Une analyse ADN publiée en 2011 (Jenks et al.) va dans l'autre sens : rien n'indique un hybride, et son plus proche parent connu est Salvia venulosa, une sauge de Colombie. Pourquoi la plante ne se ressème presque plus reste une question ouverte.

Conséquence pratique : ce que l'on trouve dans le commerce sous le nom de « graines de salvia » appartient souvent à d'autres sauges. La sauge divinatoire se multiplie par boutures.

Comment la science l'a rencontrée

R. Gordon Wasson et Albert Hofmann, déjà connus pour leurs travaux sur les champignons mazatèques, ont recueilli la plante dans la Sierra en 1962. Ils ne l'ont pas trouvée eux-mêmes dans la nature : des Mazatèques leur ont apporté des rameaux fleuris, et ce matériel a servi à la description botanique (Casselman et al., 2014). Le principe actif, la salvinorine A, n'a été isolé que vingt ans plus tard, en 1982.

En France, la première identification de salvinorine A dans un échantillon de rue date de l'été 2002 : le dispositif SINTES de l'OFDT l'a signalée dans une note du 19 juillet 2002, après analyse d'un produit collecté par l'équipe de Bordeaux.

L'usage mazatèque

Chez les Mazatèques, la feuille sert d'abord à la divination, au cours de rites chamaniques. Leandro Valdés et ses collègues ont étudié cet usage sur place, avec un chamane mazatèque, et comparent la plante aux deux autres hallucinogènes de la région : les graines d'ololiuqui (Rivea corymbosa) et les champignons à psilocybine (Valdés et al., 1983).

La manière traditionnelle compte pour comprendre la plante. Les feuilles fraîches sont mâchées longuement ou écrasées pour en boire le jus. Daniel Siebert a montré en 1994 que la salvinorine A passe par la muqueuse de la bouche et qu'elle est en grande partie inactivée une fois avalée (Siebert, 1994). La page sur la salvinorine A explique pourquoi.

Feuilles séchées et extraits

Hors du Mexique, la sauge divinatoire circule surtout sous deux formes : la feuille séchée, que l'on mâche ou que l'on fume, et l'« extrait », une feuille enrichie en salvinorine A et vendue avec un chiffre suivi d'un x (5x, 10x, 20x). Ce que ce chiffre veut dire est détaillé sur la page feuilles et extraits.

Aux Pays-Bas, la plante n'est pas classée et les feuilles se vendent légalement en smartshop. En France, en Belgique et en Suisse, elle est interdite : la page la loi donne les textes. Les produits cités sur ce site ne concernent donc qu'un séjour aux Pays-Bas, et rien ne doit en revenir.

La boutique décrit ses feuilles comme provenant d'une plante « originaire des collines de la Sierra Mazateca » et indique que les effets apparaissent « en moins d'une minute » quand on les fume. Pour la suite, voir ce que fait la salvinorine A et les effets et leur durée.

Tirage suivant

Les cartes voisines

II La Clé

Salvinorine A

III La Mesure

Feuilles et extraits

IV Le Sablier

Effets et durée